La loupe de Sherlock Holmes et celle des médias.

La loupe de Sherlock Holmes et celle des médias.

Qui n’est pas ému par la disparition, longtemps et toujours mystérieuse, de Cédrika Provencher puis, par la découverte récente de ses restes? Peu de québécois.

Qui s’émeut du sort des 1186 femmes autochtones disparues dans la violence de l’indifférence depuis 30 ans ? On s’y éveille enfin. Après 30 ans!

Par contre, nous sommes encore remués par l’enlèvement et l’assassinat d’un enfant de 20 mois perpétré en 1932. Le fils du célèbre aviateur Charles Lindberg.

Au Québec, nous n’en finissons pas de commémorer la mémoire des 14 victimes de Polytechnique de 1989.

Qu’est-ce qui déclenche nos émotions à ces évènements ou ne les déclenche pas ?

Trois facteurs peuvent faire d’un fait divers une nouvelle d’impact : la proximité, l’identification, et la loupe de la célébrité.

La proximité.

Le degré d’émotion est inversement proportionnel à la distance entre soi et la perpétration de la violence. Plus c’est près de son chez-soi plus forte est l’émotion. Malgré les 15 victimes de l’attentat à la voiture piégée à Homs, en Syrie, on célèbre sans émotion réelle notre culte dominical en digérant devant TLMP.

 

Et la nouvelle de l’enlèvement de 276 lycéennes au Nigéria par Boko Haram ne perturbera pas notre sommeil nécessaire pour se lever en pleine forme le lendemain matin.

L’identification.

Le Trois-Rivières de Cédrika, c’est près de chez nous. Et nous sommes parents ou grands-parents de nos propres Cédrika. Nous nous identifions spontanément à la douleur des parents de la jeune disparue.

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Difficile de s’identifier à 1186 femmes autochtones qui vivent là où on ne va jamais et qui sont tout de même différentes de nous, pensons-nous.

On connait toujours quelqu’un qui connait quelqu’une qui était de l’entourage d’une des victimes de la tuerie de Polytechnique.

 

Une de nos filles à l’Université, ça résonne dans un coeur de père, d’oncle, ou de grand-père.
Peut-être davantage pour les mères, tantes et grands-mères pour qui la nécessité du féminisme accentue personnellement l’identification à l’horreur.

La loupe de la célébrité.

Si Charles Lindberg n’avait pas été le héros mondial qu’on célébrait avec dévotion, pensez-vous que ce fait divers aurait fait l’objet de la moindre nouvelle hors des frontières du New Jersey ? Bien sûr que non.

Plus récemment, chez nous, le suicide d’un jeune adolescent a été porté en épingle par les médias. C’était le fils d’un homme riche et surtout célèbre par sa présence régulière à la télévision. L’évènement a donc été médiatisé. Pendant ce temps, d’autres suicides ont été relégués dans l’ombre des limbes médiatiques. Pourtant, 1 ado sur 10 000 au Québec commet l’irréparable.

Dans le cas de Cédrika Provencher, poussés par un groupe citoyen dont l’émotion ne s’émoussait pas, les médias ont rappelé l’affaire, un anniversaire à suite d’un autre, depuis 2007. Le fait divers Cédrika a été médiatisé à tel point qu’il est devenu une nouvelle importante à laquelle nous avons tous été sensibilisés.

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Rappelons que « ce n’est pas parce c’est important que c’est médiatisé, c’est parce que c’est médiatisé que c’est important ».

 

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