Nôwel : un bonheur obligatoire.

Nôwel : un bonheur obligatoire.

Nôwel, la pilule de bonheur.

15 mur

Je ne sais pas quand, dans notre Histoire humaine, nous nous sommes imposés de chasser le malheur au lieu de cultiver le bonheur. « S’il n’y avait pas ce mur, je pourrais passer ! » Contourne-le, fais le tour, idiot!

Des obstacles, il y en aura toujours. À commencer par l’inévitable mort et son cortège de petits et grands bobos annonciateurs. Avec les pilules pour s’en soulager. Comme dit la vieille dame :« Vous avez un gros cancer ? Ça fait-tu mal ? Vous êtes suivi ? Alors tout va bien ». Pour ces vieux de tout âge « être suivi » c’est l’équivalent d’avoir versé son problème dans la boîte à soucis des autres. La vieille dame parle du personnel soignant comme de déversoirs. On y jette ses bobos et « Ils s’en occupent, je n’ai plus à m’en soucier ».

Mais il y a aussi tous les remèdes pour faire taire le mal. Pas pour l’éliminer. Non. Le faire taire. L’oublier. « Si ça fait pas mal, tout va bien », dirait la vieille.

Alors se pointent toutes sortes de pilules miracle : la drogue, l’alcool, l’hyperactivité, les dépendances affectives, la bouffe, la télévision, et la nostalgie de Nôwel!

15 chrom15 cane

Un gros bonbon rouge et blanc qui distribue la joie aussi automatiquement que l’on collecte 200 $ au Monopoly en passant à Go. Nôwel s’en vient, le bonheur arrive!

 

15 dinde

On va s’aimer toute la gang, on va se faire plaisir, c’est sûr. On va fêter nos liens familiaux si précieux, on va redevenir insouciants comme nous l’étions jadis lors de nos Nôwels d’antan. Du temps où la Messe de Minuit se célébrait à minuit. On va écouter la musique de notre enfance (la répétition rassure), toujours la même. Pas de surprise. On va se goinfrer des régals de nos ancêtres qui ne connaissaient pas mieux. Pas de bonheur sans passéisme. Pas de Nôwel sans les rites gastriques que sont la dinde et la tourtière. On va être heureux comme du temps où on ignorait que le malheur existait! Quand on était encore chanceux d’être encore des Tit-Culs.

Nôwel demeure notre chasse-malheur préféré.

Mais, à chaque année, on se sent trahis. On dirait que Nôwel se met à amplifier les malheurs, à en déterrer qu’on ne voulait plus voir, à en provoquer de nouveaux. La magie ne fonctionne plus. Nôwel est devenu aussi faux qu’un costume de Père Nôwel. Nôwel se déguise en bonheur. Mais ça ne pogne plus.

15 giggeur

 

Nôwel, c’est la saison de la chasse aux malheurs. On va les noyer dans la sauce aux atocas, les maudits malheurs! Mais ils sont là: autour de la table bruyante aux odeurs de cannelle et de clou de girofle, au pied du sapin artificiel pour la distribution des cadeaux, dans les rasades qu’on enfile pour se donner une contenance. Et le bonheur d’antan se cache, lui, dans l’amoncellement inutile des papiers d’emballage qu’une vieille tante essaie de récupérer. Les mesquineries dansent avec les déceptions dans un quadrille dont on a oublié les pas pendant que tout le monde est malheureux, tam ti delam ti delam…

 

 

Au lieu d’attirer le bonheur, Nôwel apporterait du malheur enveloppé de papier de soie ?

On croit encore que Nôwel est une façon de mettre en conserves nos bonheurs et nos nostalgies d’un bonheur familial qu’on s’imagine plutôt qu’on s’en souvient réellement. Pour le conserver et même l’étiqueter…

La réalité reste toutefois intraitable et insensible à nos insécurités. On peut bien chercher le bonheur, le développer, assurer ses assises, l’observer, le comprendre, le susciter, le protéger, mais on ne peut pas le figer. Le mettre en conserves. La félicité définitive tient de l’illusion comme celle de vivre éternellement. C’est dans la recherche du bonheur que l’adage qui affirme que le mieux est l’ennemi du bien prend tout son sens. Il se pourrait que l’extase permanente soit dommageable pour la santé!

Le bonheur n’est pas un Nôwel, une fulgurance, une joie passa­gère, mais un état de paix avec soi-même d’abord, avec les autres et la vie après. Une égalité d’humeur résistant aux aléas de l’existence. La joie, que l’on confond à tort parfois avec le bonheur, n’est en fait que la partie strictement biologique du bonheur.

D’où la chasse aux malheurs. Malheur aux malheurs!

Tout ce que nous avons pu inventer pour éloigner le malheur! Les assurances, l’appel au caritatif en cas d’inondation de sa maison construite au bord de la rivière, les religions, le droit, l’alimentation naturelle, la syndicalisation parapluie, les garanties prolongées, les suppléments vitaminiques, les préjugés, les superstitions, le dogmatisme et les certitudes de la vérité absolue. Entre autres. Comme si le bonheur consistait à se prému­nir contre les malheurs.

Le bonheur existe en dehors et en dépit des malheurs. C’est un équilibre et un bien-être intérieurs qui nous permettent de retrouver la joie quand les souffrances inévitables de la vie viennent réclamer leurs dûs.

Et Nôwel ne sera jamais homologué comme un remède.

Alors on se répète comme un mantra, une litanie annuelle, un exorcisme : JOYEUX NÔWEL !

15 beau dommage

 

Facebooktwittergoogle_pluslinkedinmailFacebooktwittergoogle_pluslinkedinmail

Leave a Reply

WordPress spam bloqué par CleanTalk.