La nécessité du mensonge.

La nécessité du mensonge.

Tout dépend de qui ment, dans quelle circonstance, et à qui.

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Le plus gros, et tellement répandu : le mensonge électoral. Faire miroiter un avenir que le candidat sait fort bien inaccessible dans un avenir prévisible.

Il y a les vendeurs menteurs (pléonasme peut-être). Les mensonges que l’on fait par cupidité. Du même ordre que ceux qu’on distille pour se donner une importance qui nous permet de sortir du rang, de l’anonymat désolant.

L’accusé, lui, ment pour sauver sa peau.

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Et il y a tous ces délicieux mensonges qu’on consomme jusqu’à plus soif : la fiction. À la télé, dans les livres, au cinéma. On s’en gave jusqu’à l’obésité de l’illusion. On croit tous les héros en rêvant d’en devenir un, enfin ? !

Dans l’extrait d’entrevue qui va suivre (qu’il nous a accordée pour le site HUMANITÉ MODE D’EMPLOI), Stéphane Venne déclare que « Le mensonge est une tentative ratée de dire la vérité ». Pour cet auteur-compositeur de tant de chansons à succès, le mensonge est une façon de construire un climat favorable à une rencontre souhaitée. Arranger la vérité pour que le pont se construise plus facilement avec l’autre. Comme on le fait en contant une histoire aux enfants. L’humoriste Pierre Légaré affirme qu’il était, dans ces circonstances, un agrémenteur.

Et que dire des mensonges éhontés de la publicité ?

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Pour Stéphane Venne, il s’agit de poétiser le réel pour le faire passer dans l’imaginaire, pour créer le désir d’un produit.

C’est sa démarche de publicitaire.

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Le contexte du mensonge l’allège ou le condamne. On peut mentir dans certaines circonstances pour éviter un mal plus grand. Il y a donc des mensonges humanitaires, voire charitables. Et ceux qu’on aime bien croire, comme ceux des horoscopes ou des livres soi-disant saints…

 

« Mentir sans profit, ni préjudice de soi, ni d’autrui, n’est pas mentir : ce n’est pas mensonge, c’est fiction. »

Jean-Jacques Rousseau

Rousseau cite les fables de La Fontaine qui « enveloppent des vérités utiles sous des formes sensibles ou agréables ». Soit. Mais  les parents qui expliquent à leurs enfants que la soupe fait grandir ou que les loups-garous kidnappent les enfants désobéissants font-ils autre chose ? La frontière entre fiction éducative et manipulation est mince comme de la glace printanière.

La position de Benjamin Constant (ou de Vladimir Jankélévitch) est moins ambiguë : on peut mentir « par humanité » pour sauver la vie d’un citoyen menacé.  Le mensonge reste une duperie, mais  on  peut choisir de mentir pour épargner la souffrance ou la vie de nos amis ou de nos concitoyens.

L’homme d’État est souvent obligé de mentir, car la vérité n’est pas toujours pertinente pour des raisons économiques et de sécurité nationale. « Le Pouvoir place la Raison d’État au-dessus du salut de son âme » écrivait Machiavel.

20 adam et eve

Pour évaluer les mensonges,  on pourrait retenir  deux critères : leur intention,  bien sûr, mais aussi le pouvoir et  l’autorité morale dont peuvent se prévaloir  ceux qui les profèrent. S’il avait fallu que Machiavel connaisse la publicité… Sauf que la publicité connaît bien le Machiavélisme… et s’en sert pour convaincre le consommateur de la nécessité pour lui de consommer.

Comme Ève aurait convaincu Adam de croquer dans le fruit défendu…

Mais il s’agit là sans doute d’un mensonge.

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