Postes Canada dans un roman…

Postes Canada dans un roman…

20 maquette

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Un facteur dévoué, mû par un idéalisme suranné, décide de contrer Postes Canada qui a aboli son poste et l’utilité sociale de sa fonction. Il assumera les responsabilités dont Postes Canada se déleste. Il dispose d’une arme secrète, le bénévolat. D’une porte à l’autre, les confidences qu’il suscite et ses observations personnelles l’emplissent du désir d’aider ces « clients » qu’il se désole de voir s’éloigner de leur vérité fondamentale. Il devient à la fois le message et le messager de ces vérités. Et confond parfois les deux… Ses initiatives de bonne foi provoquent des effets inattendus qui finissent par bouleverser des vies. L’apprenti Don Quichotte ouvre des portes qu’il n’arrive pas à refermer dans ce défilé de personnages isolés les uns des autres. L’adresse de ces portes coiffe les balcons et les escaliers extérieurs de l’avenue De Gaspé, à Montréal, où vit, comme dans une fable, cette galerie picaresque de portraits.

 

PRÉAMBULE

Ma postière a perdu le sourire derrière son masque de protection bactérienne. Elle protège le velours de ses mains dans des gants chirurgicaux. On lui a inculqué les pratiques souhaitées d’un service public plus hygiénique. On s’attaquera sans doute au civisme, à la politesse, voire à la gentillesse, à la prochaine convention collective si le vecteur électoraliste s’avère rentable à la prochaine campagne de maraudage syndical.

21 mail boxAvant le courriel, il y avait le courrier. Recevoir une lettre correspondait à un moment privilégié ou craint de la journée. À telle enseigne qu’il était triste de voir le facteur passer tout droit. C’était comme voir son existence ignorée. Pas malheureux, mais triste. Comme dans les limbes.

Les Abélard du Plateau Mont-Royal, les Pétrarque de la Côte-Nord, les Voltaire de campus, les Balzac de gratte-ciel, les Jacques Ferron montérégiens, les Claude-Henri Grignon des Pays-d’en-Haut et le travailleur de la Manic nourrissaient leurs espoirs passionnés et leurs mélancolies délicieuses dans l’échange épistolaire. Il me semble même que le goût amer de la colle léchée, derrière l’enveloppe et sous l’image du timbre, faisait partie de nos Kraft Dinner affectifs.

Puis, le téléphone s’est tiré des lignes. Il a commencé à accaparer les vraiment bonnes nouvelles, laissant au courrier le soin d’acheminer les mauvaises. Et depuis le passage terrestre des messies électroniques, les mots d’affection se sont numérisés… Le courrier et les sentiments qu’il transportait se sont électronisés. Ils se retrouvent parfois dans l’incompréhension de raccourcis de langage. Encore un coup du téléphone, stimulé d’ailleurs par ses lignes converties en toile d’araignée. Internet a pénétré la téléphonie comme les Grecs ont vaincu les Troyens en leur offrant le fameux cheval de Troie. Avec sa majuscule, la Toile ne fait plus peur. On ne craint plus le mot, on le vénère, devenu universel par le « cheval américain » même dans le vocabulaire : nous sommes dorénavant englués dans le Web. Il faut alors faire la différence entre la correspondance et le courrier.

La correspondance s’affirme d’abord et avant tout comme un dialogue, un échange. Il s’y trouve de la convivialité, même dans les passes d’armes pamphlétaires, pusillanimes ou névropathes. La poste s’est construite par cette correspondance, et a prospéré par le courrier.

21 chers nous autres

Il y a quelques décennies, j’ai collectionné de nombreuses correspondances québécoises tenues habituellement à l’abri des regards indiscrets dans des boîtes à chaussures familiales… C’est ainsi que je me suis retrouvé avec plus de 12 000 spécimens de morceaux de correspondance, de morceaux de vie toujours pulsant de sentiments exprimés. J’en ai tiré une série radiophonique et deux recueils intitulés Chers nous autres. On y trouvait les bonheurs et les malheurs de nos voisins et de nos proches d’aujourd’hui ou d’hier. Cent ans de déceptions et d’espoirs personnalisés. Cent ans de secrets isolés les uns des autres, mais apparentés sans le savoir.

Depuis que nos personnalités s’incarnent en avatars, cette collection est devenue un artéfact précieux. Un témoin de ce temps où les émotions supplantaient les sensations. Cette collection se trouve maintenant à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). C’est ainsi que les recoins discrets de nos cœurs finissent parfois par rejoindre le battement collectif. Maintenant, on se parle au téléphone cellulaire, puisque le sentiment s’exhale mieux, semble-t-il, quand on marche dans la foule, à moins que ce ne soit notre isolement dans celle-ci qui nous porte aux échanges cellulaires d’affection… Même les messages enregistrés de nos répondeurs personnels se donnent des airs de petites confidences invitant à la communication rassurante : « S’il vous plaît, laissez-moi un gentil message… Je serai heureux, très heureux, de vous rappeler »

On s’aime donc beaucoup cellulairement, en cellules. Il faudrait que je reprenne ma démarche empruntée pour Chers nous autres mais pour collectionner cette fois les messages d’accueil des répondeurs automatiques, surtout les messages doucereux qu’on y laisse comme autant de pièges à marques d’affection. Heureusement qu’il y a le téléphone portable pour s’aimer ! Plus besoin d’être ensemble : le téléchargement d’un égoportrait donne l’impression d’être avec l’autre !

La correspondance s’est donc numérisée. L’amour passe du Hot au Cool. Et il ne s’agit pas de se toucher les doigts pour autant. Les doigts caressent surtout les claviers. Et même pas tous les doigts… les pouces si vous êtes jeunes et l’index si vous êtes vieillissants. Nos relations, amoureuses ou autres, sont binaires ou ne sont pas. J’aime contre J’aime pas. Like contre Dislike. Comme si une fleur ne pouvait plus pousser et se devait d’éclore ou de rester enfouie dans le sol. Pas le temps de pousser. Le temps d’un ENTER passe trop vite pour perdre du temps à faire du feuillage !

Alors il reste quoi au vulgaire courrier ?

21 facteur pc

Les sommations, les amendes, les comptes, les mises en demeure, les diagnostics de la froide clinique, les résultats scolaires craints, les circulaires inutiles et le mot du député. Une dégradation, me semble-t-il.

On n’a tout de même pas transformé nos facteurs en anges exterminateurs ! Comme s’ils avaient troqué leurs costumes bleus et rouges et leurs shorts seyants pour de grandes capes noires ? Comme s’ils changeaient leurs sacs en bandoulière pour la Grande Faux ? On aurait alors perverti la Poste de Sa Majesté. Et la postière. Et son sourire.

21 reineLes plus forts ont toujours été craints avant de vaincre. Serait-on au cœur d’un changement de paradigme où les plus faibles deviendraient plus futés, plus forts, plus convaincus, au point de retourner les bombes à l’expéditeur pour les faire exploser une deuxième fois, contre toutes les conventions ? Comme si nos voisins, les matamores amaricains, se voyaient opposer à leurs escadrilles de bombardiers sophistiqués, à leurs drones hypocrites et arrogants, à leurs porte-avions triomphants, à leurs guerriers à la nuque proprement dégagée (question de favoriser le rougeoiement des vrais red necks), d’humbles lettres sagement affranchies et apportant un anthrax meurtrier. Grâce au Web Messie, l’horreur de la mort et de toutes les peurs ne se tient plus à distance télévisée, mais devient péril en la demeure. Une demeure tellement miniaturisée qu’elle tient au fond de la poche, à la ceinture, ou au creux du fouillis d’un sac à main. Nous habitions jadis la demeure. Maintenant elle nous habite. Le cellulaire rejoint nos cellules et nous y condamne.

Vous vous souvenez du coureur de Marathon ? On l’aurait tué (selon certaines versions) parce qu’il apportait une mauvaise nouvelle malgré un exploit pourtant exemplaire pour ce faire. Serait-ce le sort qu’on réserve aux facteurs ? On a beau craindre le courrier, le cocufier avec le Web Messie, c’est encore le courrier qui livre ce que nous commandons par Internet…

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Le courrier perd de l’importance s’il n’est pas remis en mains propres.

Celles du facteur.

O’Nil Lücken est un facteur à l’idéal intact et aux mains propres.

Comme il dit : « C’est pas à lécher des timbres qu’on a la langue sale » !

BONNE LECTURE EN ATTENDANT VOTRE FACTEUR

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