Le culte de la renommée.

Le culte de la renommée.

Le Pie Jesu du Réquiem de Fauré, op. 48 (version de 1893),

Ensemble vocal de Lausanne, dir. Michel Corboz.

22 mort

Qui a dit que nous étions tous égaux devant la mort ?

Nous nous souviendrons tous de René Angélil : son œuvre, sa vie, ses amours, sa maladie, sa mort, ses funérailles.

Mais qui se souviendra de Réal La Rochelle décédé le 27 décembre à Mont-Laurier à l’âge de 78 ans ? Mes sympathies à son épouse Nicole et à sa famille qu’il laisse dans le deuil. Je ne les connais pas. Je ne pourrai donc pas me souvenir de lui, malheureusement.

Il n’y a qu’une certitude sur ce que nous réserve l’au-delà. Il y aurait de fortes chances que nous ne survivions à la mort qu’en restant vivant dans le souvenir des autres. Être aimé, connu et reconnu, envié… Autant de chances de survie après le grand départ. Presqu’un échec à la mort.

La célébrité et la renommée sont devenues un culte parce qu’on a l’impression que ces scintillements éloignent les ténèbres qui nous attendent.

Quand on pleure un René Angélil, on pleure son propre anonymat mis en évidence par la gloire du disparu.

22 projoTout au long de notre vie nous avons besoin de témoins. « Regarde, maman, je pédale tout seul ! ». On parade avec son amoureuse, fier de la conquête. On invite des témoins à l’engagement de son mariage. On se «selfie» à qui mieux mieux pour distribuer par Internet nos moindres faits et gestes au plus grand nombre de témoins possible. Et on se fend en quatre pour accomplir une œuvre qui témoignera de notre passage sur Terre et laissera des traces, question de ne pas être oubliés. Plus on multiplie ainsi les regards d’autrui sur soi de son vivant, comme autant de réflecteurs de la renommée, plus on se fait des réserves d’éclairage pour ces ténèbres qui nous effraient. Le danger reste de confondre reconnaissance et célébrité. Encore faut-il, en effet, que les projecteurs se braquent pour les bonnes raisons. À chacun de prendre la chance de les définir.

La revue SCIENCES HUMAINES publie un numéro intéressant sur le sujet :

22 sc hum

« On pense parfois que la quête de reconnaissance et de notoriété est le produit d’une époque narcissique. Qu’elle est un sous-produit pervers des réseaux sociaux qui poussent chacun à s’exposer et se croire important. Mais c’est confondre la cause et l’effet : à l’ère d’Internet, nous restons des animaux sociaux animés par une soif inextinguible de reconnaissance ».

Nicolas Journet

« Chacun commença à regarder les autres et à vouloir être regardé soi-même ».

Jean-Jacques Rousseau.

La soif de reconnaissance est « le désir le plus ardent de l’âme humaine. Les hommes ont souvent renoncé volontairement à la vie, pour acquérir, après leur mort, une renommée dont ils ne pouvaient plus jouir ».

Adam Smith

Dans un fameux chapitre de La Phénoménologie de l’esprit consacré à la Dialectique du maître et de l’esclave, Hegel décrit « la lutte à mort à laquelle se livrent entre eux les hommes pour obtenir la reconnaissance ».

C’est le regard des autres qui nous permet de rêver d’immortalité. Plus il y d’amis pour vrai ou dans Facebook, plus on a de chance de durer après la mort. Sauf que les amis Facebook assistent rarement à nos funérailles.

Peut-être, à bien y penser, sommes-nous égaux devant la mort. Mais nous ne portons pas tous un passeport première classe pour l’Éternité en jet privé. Mais tous les passeports sont marqués d’une date d’échéance : la disparition de ceux et celles qui ont aimé, admiré, envié. À moins de se retrouver dans un dictionnaire avec Louis XIV, Corneille, Mozart, Hugo, ou Bach.

22 dictionn

QUOIQUE… LES LIRA-T-ON ENCORE LONGTEMPS ?

 

Facebooktwittergoogle_pluslinkedinmailFacebooktwittergoogle_pluslinkedinmail

Laisser un commentaire

WordPress spam bloqué par CleanTalk.