« Nos » réfugiés syriens.

« Nos » réfugiés syriens.

Il y a quelques jours, à la sortie de la NOUVELLE pour le moins malaisante, j’avais partagé sur Facebook :

Je ne voudrais pas mal réagir, manquer de compassion, mais… exiger un logement près de celui d’autres Syriens et situé près d’une mosquée… Me semble que… Tsé veux dire ?

Les réactions furent nombreuses et j’ai continué à réfléchir sur le sujet.

J’en conclus qu’il s’agit sans doute du syndrome de BOUDU.

Boudu sauvé des eaux, un film de Jean Renoir de 1932 d’après une pièce de René Fauchois.

Désespéré parce qu’il a perdu son chien et dégoûté par la société, Boudu, magnifique clochard joué par l’ineffable Michel Simon, se jette dans la Seine depuis le Pont des Arts. Monsieur Lestingois, bourgeois libéral, et libraire, qui l’observe à la longue-vue, intervient et le sauve. Il le ramène dans son magasin. Une fois revenu à lui, Boudu s’installe pour un temps chez le nanti qui l’a sauvé, au grand déplaisir de sa femme et de sa bonne qui est aussi sa maîtresse. Le bourgeois cherche à civiliser le clochard. Mais ce dernier préfère semer le désordre dans la maison à sa guise, professant qu’il a tous les droits puisqu’il a fait tout ce qu’il fallait pour mourir et qu’on l’a sauvé malgré lui. Il n’est donc plus responsable de rien.

3 films

On a refait ce film deux fois : en 2005 avec Gérard Depardieu dans une réalisation de Gérard Jugnot et un Boudu américain en 1986 dans une réalisation de Paul Mazursky avec Nick Nolte, Le clochard de Beverly Hills.

3 acteurs

Si je décide de TOUT perdre et qu’on m’en empêche,

j’ai droit à TOUT par la suite.

Un raisonnement qui s’est aussi appliqué à plus d’un peuple dans l’Histoire.

Les Juifs d’après l’Holocauste s’arrogent le droit à la Palestine et les Nations entérinent. Le Juif errant réclame la sédentarité. Comme l’illustre le film EXODUS (ce bateau d’émigrés dont personne ne veut, 1949).

Au cœur du malheur, les malheureux démunis ont le sentiment vital

que les privilèges des autres deviennent leurs droits.

Les soulèvements révolutionnaires, les Robin des Bois et Zorro de ce monde, réclament de droit les privilèges des nantis.

lenineJesse James et Calamity Jane justifièrent ainsi leur violence.

De nobles sentiments égalitaires sombrent trop souvent dans l’horreur de l’injustice et les cruautés de la vengeance envieuse. Au point de devenir briseurs de grève de travailleurs comme soi pour enfin manger comme dans Les raisins de la colère de John Steinbeck, adapté au cinéma par John Ford avec Henry Fonda en vedette (1940).

Le comble reste de chasser des innocents, de leur ravir le moindre bien, même un restant d’espoir, au nom de leurs différences. Comme à HOMS où l’on a produit des réfugiés à disperser dans les pays de bon vouloir.

Les pauvres rêvent de richesses et les riches se retranchent derrière un soi-disant mérite. Rien de bien neuf. À defaut de possessions matérielles, on se trouve un justificatif divin.

À ceux qui n’ont rien, on a l’impression qu’il faut tout donner.

Comme on offre un dernier repas somptueux au condamné.

Comme on dépense un chèque de Bien-être en billets de loterie pour au moins rêver de devenir millionnaire.

Comme on chasse dans l’horreur les Syriens de Homs pour en faire contre leur gré des Canadiens, entre autres. Mais des Canadiens qui exigent un logement près d’un autre Syrien, à proximité d’une mosquée…? Peut-être parce qu’ils n’ont plus rien, ont-ils droit à tout, eux aussi ? À cheval donné… pourtant…

Des Syriens qui seront un peu plus canadiens, un peu moins syriens…

Et nous accepterons de vivre chez nous, un tout petit petit peu, une sorte de Syrie.

Le Petit Prince de Saint-Exupéry disait : prince On est responsable de ce que l’on apprivoise…

nos syriens 2

 

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One Response to “« Nos » réfugiés syriens.”

  1. gponthieu dit :

    Les « grands esprits »… Vois aussi ce que dit Kamel Daoud à propos des « migrants de Cologne » et de l’attitude des « Occidentaux »… Cette naïneté, cet angélisme (oui, bien marqué de religiosité profonde) qui empêchent de considérer la vraie différence, d’admettre l’étranger – étrange et barbare, forcément (qui parle pas ma langue, au sens d’Hérodote).

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