OSM 1 / Canadiens de Montréal 0

OSM 1 / Canadiens de Montréal 0

annonceNous étions, ma dulcinée et moi, à la Maison symphonique hier soir pour ce concert organisé par Spectra Musique dans le cadre de Montréal en Lumière.

L’Orchestre symphonique de Montréal était dirigé par celui qui en a façonné le son pendant presque 25 ans. Son ex-chef, Charles Dutoit le flamboyant, qui avait invité son ex-épouse, une des plus grandes pianistes de son temps, Martha Argerich. Soirée de grâce. Berlioz, Beethoven, Ravel, Stravinski et la cerise sur le gâteau des anges : la signature de Dutoit à Montréal, son Boléro de Ravel comme un feu d’artifice. Une soirée mémorable !

Dans ce temple de la musique dite classique, la moyenne d’âge continue à s’approcher inexorablement de celui de la retraite voulue ou pas. Oui, il y a des jeunes. Des jeunes passionnés et ça fait plaisir à voir. Mais de moins en moins, me semble-t-il. Pourquoi… Pourquoi aussi cette musique ne fascine pas les foules prêtes à tous les sacrifices pour aller voir un match de hockey? Deux cérémonies, deux célébrations, deux religions différentes. Des fidèles qui ne vibrent pas aux mêmes valeurs.

C’EST QUOI LA DIFFÉRENCE ?

maurice

 

Quand je frétille sur mon fauteuil devant des patineurs millionnaires qui se disputent une rondelle, je deviens un autre. Mon importance devient alors notable, remarquable, enviable. Je deviens une Star. Je perds enfin ma gangue d’anonymat. Et je suis enfin riche et je tiens à ce que ça se remarque! Je suis un Subban. Je ne suis plus n’importe qui. Je deviens puissant, admiré parce qu’admirable. Un héros. Je vis un PRÉSENT exaltant. Mes inquiétudes, mes frustrations, mes anxiétés sont gelées sur la glace des exploits. Au Centre Bell, un instant de facilité dans mon monde difficile.

 

is-2

À la Maison symphonique, hier soir (et chaque fois que nous nous y retrouvons avec bonheur), il n’y a plus cet instant de transport au-delà de nos quotidiens. Le transport se fait dans le TEMPS. Et le temps comprend d’innombrables instants. Dans un tel concert, nous ne devenons pas une Star, un héros. La musique nous place face à nous-mêmes, en débusquant en nous ces émotions qui constituent nos jardins et nos jachères intérieurs. Au Centre Bell, nous recherchons des sensations. À la Maison symphonique, de grands artistes stimulent nos émotions.

Voilà la clé de la différence qui opère souvent un clivage de générations, de goûts, de valeurs dans nos sociétés occidentales. Nous glissons par générations entières dans un Éden de SENSATIONS pendant qu’il y a de moins en moins d’irréductibles des ÉMOTIONS dans mon genre. Et je n’en démords pas : les sensations étourdissent et les émotions nous rapprochent de nos vérités plus ou moins reluisantes.

Il paraît que les ventes de musique classique et la fréquentation des concerts vont grandissantes. Tant mieux. J’aimerais bien être convaincu que le fossé binaire et antagoniste cesse de se creuser entre des pôles aussi apparemment contraires que P.K. Subban et Charles Dutoit.

duelMais ce qui continue à m’inquiéter, c’est mon monde de la communication de masse où un Jean-Philippe Wauthier du jour (comme Dieu, il est partout) se trouve aux antipodes d’un Fernand Séguin de jadis. Où le rôle social d’un informateur devient celui d’un amuseur qui cabotine en réagissant aux actions des autres sans en poser lui-même. Serait-ce la nouvelle clé de l’obsession du gonflement des cotes d’écoute que de défaire au lieu de faire ?

Heureusement, hier soir à la Maison symphonique, Charles Dutoit, Martha Argerich et l’OSM ont livré un moment musical historique qui résonnera longtemps dans le long temps.

Facebooktwittergoogle_pluslinkedinmailFacebooktwittergoogle_pluslinkedinmail

Leave a Reply

WordPress spam bloqué par CleanTalk.