Lauréats, vedettes, stars : les échelons de la célébrité.

Lauréats, vedettes, stars : les échelons de la célébrité.

Je n’ai pas résisté. Je constate avec joie l’assentiment largement exprimé de la montée de lait de Pierre Lapointe sur le culte de la notoriété à TLMEP, dimanche dernier. Un culte, constatait-il, qui hypothèque lourdement la réalisation du mandat de Radio-Canada. Si ce mandat existe toujours. Depuis plus de 10 ans, nous sommes nombreux à tirer la sonnette d’alarme. Il y a quelques jours à peine, Roméo Bouchard dénonçait cette pratique de la cote d’écoute à tout prix pour notre radio et notre télévision d’État. J’y ai fait écho dans un récent BLOGUE.

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En 2004, je sonnais le tocsin sur ce même désolant culte de la notoriété qui tirait irrémédiablement les critères de qualité vers le bas. Rien n’est changé. La situation est devenue désespérante. Voici un extrait de ce livre, PÉRIL À LA RADIO paru chez Stanké en 2004 :

La personnalité de l’année, Marie-Pénélope Gagnons-Gagnon triomphe dans le sillage de son célébré directeur. Les voix désormais diffusées à la radio d’État appartiennent à des célébrités incontestables dans leurs vedettariats respectifs.

Un comité ad hoc, nourri dans le sillon étincelant de Marie-Pénélope, établit l’indice de notoriété du moindre nom reconnu par le plus grand auditoire possible. Une firme spécialisée en télémarketing gère, sous mandat contractuel, les stratégies d’élaboration du fameux indice de notoriété. Il y a trois niveaux : Lauréats, Vedettes, et Stars. Les Lauréats doivent avoir remporté un concours médiatisé par un gala télévisé et faire l’objet d’au moins cinq reportages dans au minimum de trois magazines « people » différents, le tout en dedans de vingt jours ouvrables. Le statut de Vedette nécessite de satisfaire tous les critères des Lauréats et profiter en plus d’une présence au moins hebdomadaire dans deux médias autres que la radio. Pour les Vedettes, il existe un système de pointage qui évite toute injustice : 9 points pour être invité à un talk-show, 31 points pour animer un talk-show, 7 points pour participer à des émissions de variétés, 26 points pour être identifié à une émission de télévision réalité, 7 points pour bénéficier d’un article sur soi dans la presse quotidienne, 9 points pour faire l’objet d’un reportage dans une revue de bureau de médecin ou de dentiste, 17 points pour être caricaturé, 11 points pour faire l’objet des foudres de la justice, 6 points pour gagner une somme importante dans une loterie, 3 points pour susciter une controverse dans une chronique écrite, 8 points pour être vilipendé par un détenteur du statut de lauréat, 18 points pour l’être par une Vedette, et 28 pour être vertement critiqué par une Star. Comme à la bourse, les totaux de pointage exigés pour atteindre ou conserver son statut font l’objet de spéculations concoctées dans le cénacle des initiés. On attend son taux hebdomadaire avec appréhension et tous vérifient la comptabilité de leurs points avec argutie, minutie, et envie. Ce que la psycho pop appelle le syndrome de l’A.M.E..

La canonisation ultime : l’étiquette de Star. Les critères d’admission sont simples : avoir conservé son statut de Vedette pendant au moins 13 semaines consécutives tout en augmentant son total par 33% à condition que cet ajout soit obtenu à l’étranger. N’importe où, mais ailleurs.

Tous les inscrits dans cette bourse célébrité se prêtent avec empressement à l’échantillonnage de leur voix. Les galipettes de l’électronique et de l’informatique font le reste. La hiérarchie des statuts de notoriété se reflète donc dans la programmation radiophonique. L’émission idéale, dont on répète la formule toutes les heures et sous des titres différents, doit s’articuler autour d’une grille profilée selon le concept suivant : des Vedettes présentent des Stars et leur posent des questions sur leur vie trépidante de sorte que celles-ci puissent illustrer leurs propos des succès de ventes musicaux des Lauréats.

Les propos des Stars sont toujours enregistrés in situ. Les présentations et questions sont conçues et rédigées par les C.V. (concept-vizirs) et réalisées en sons de synthèses par les R.A.T.S. (réalisateurs-/assistants/techniciens/stagiaires) dans les cubi-culs aménagés à cet effet. Voyelles et consonnes sont échantillonnées pour chacune des voix approuvées et l’on y agence les sons en phrases courtes qui commencent en général par ici Untel

Les nouvelles sont assumées par les journalistes de la presse écrite qui téléphonent leurs papiers, ajoutant ainsi à la crédibilité de la nouvelle.

L’innovation qui fait toutefois le plus causer dans le milieu, c’est le traitement des nouvelles du monde du sport professionnel. Les grands stades du monde, les arénas des villes connues, se retrouvent directement branchés en onde. Quand on annonce un but, on peut l’entendre tel quel dans les secondes qui suivent en ondes, à condition qu’il s’agisse d’un athlète connu au Canada français ou d’origine québécoise.

Pour visionner la prestation de Pierre Lapointe et les commentaires pertinents de Sophie Durocher…

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One Response to “Lauréats, vedettes, stars : les échelons de la célébrité.”

  1. Malijai dit :

    Ils ont raison, c’est pour ça qu’on écoute plus radio can 😉 Y a pu de culture!

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