Stérile tuerie.

Stérile tuerie.

Les politiciens arborent leurs contritions et leur sympathie comme des investissements électoraux. Les journalistes des médias rivalisent à se placer à l’avant-plan des inutiles déploiements policiers en se bousculant pour médiatiser les chagrins intimes.

Un cardinal arrive d’urgence de Rome pour célébrer une messe de repentance solidaire (comme si celui qui célèbre une messe était plus important que le rituel lui-même!). C’est ce que je déplore mais qui ne m’intéresse pas.

Je voudrais plutôt rappeler une vérité que plus d’une sagesse souligne :

le mal en soi.

Oui, il faut s’indigner des gestes inutilement destructeurs d’un Marc Lépine ou d’un Alexandre Bissonnette. Mais la cause, les déclencheurs de ces folies meurtrières ne sont pas le féminisme ou l’Islam. Ces crises cruelles viennent d’un mal en soi.

À des degrés divers, nous avons tous en nous des blessures (affectives, identitaires, sociales, économiques, voire biologiques ou physiologiques) que la vie, la morale naturelle, nos valeurs nous apprennent à circonscrire dans les oubliettes cadenassées des désagréables cicatrices. «Faites que ce contre lequel vous ne pouvez rien ne puisse rien contre vous… et contre les autres».


Quand ce mal en soi n’est pas gardé hermétiquement sous clé dans l’armoire secrète des blessures et bien identifié, il se comporte comme un liquide pervers qui percole dans les fissures de l’inconscient. Comme tout liquide il cherche les failles, les interstices, les trous, les prétextes pour s’échapper.

Et ces prétextes ressemblent souvent aux différences qui inquiètent pendant que les ressemblances rassurent.

Certains individus sont à l’affût du moindre de ces prétextes pour se vider de ce mal en soi qui les ronge de l’intérieur. Que soit béni pour eux le moindre prétexte qui semble partagé par un groupe identifiable. La mésadaptation causée par leur mal en soi semble se normaliser quand ils ont l’occasion de passer du mal personnel au mal collectif. À la ressemblance.

On n’est pas anti-féministe, raciste, xénophobe, fasciste, tout seul dans son coin. On l’est parce que d’autres le sont et qu’on a besoin d’une pseudo-famille pour partager son mal et s’en libérer.

Quand on en trouve une, on en revêt le costume, la coupe de cheveux, le langage, les signes, les idées et là, là seulement, on peut chanter son mal, le jeter à la face de ceux qui n’ont pas mal, s’armer pour extirper son mal en le mitraillant sur d’autres.

Quand on assassine pour éradiquer la différence, c’est le mal en soi qu’on veut détruire.

L’Islam n’est qu’un prétexte et les musulmans d’inutiles victimes .

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4 Responses to “Stérile tuerie.”

  1. sgamtl dit :

    Excellent billet. La souffrance de ceux qui font souffrir passe trop inaperçue. Elle n’excuse rien, mais permet de comprendre les ressorts intimes de la violence.

    Coquille à la dernière phrase? Islamistes ou musulmans? Not the same

  2. Premiere dit :

    Quand enseignera-t-on aux enfants à s’aimer les uns les autres, même si l’autre ne porte pas le ti-kit à la mode acheté à Place Ste-Foy?
    Que chaque élève du primaire et du secondaire de Québec fasse un câlin à un(e) esseulé(e) aujourd’hui même et la résolution se fera d’elle-même.
    L’intégration, c’est aussi accepter aussi notre voisin, qu’il soit sur la même rue ou à Montréal, qu’il s’appelle Tremblay ou Khader.
    En particulier à Québec… Ce n’est pas un hasard.

  3. andre.gosselin.123@gmail.com dit :

    Ce geste est le reflet de notre société qui nous apprend à s’endurcir et à refouler nos émotions. Bien souvent lorsque que le couvert de la marmite se soulève il est trop tard et l’irrémédiable arrive.
    Maintenant comment faire pour éviter cela? Malheureusement je n’ai pas la réponse mais je crois que si on apprenais dès notre plus jeune âge à prendre conscience de l’autre que se serait déjà une première piste de solution.

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