La radio sermonne encore

La radio sermonne encore

La mission de la radio publique est intacte! Quoiqu’on en pense, dise, écrive.

Dans les années 1950, Radio-Canada divertissait un peu et prêchait beaucoup. Il fallait sermonner le bon peuple pour lui apprendre à parler, manger, lire, penser, éduquer, et cultiver ses fleurs et ses légumes mais aussi «se» cultiver. On dirait maintenant, à la Michel Onfray, qu’il s’agissait d’une université populaire. Radio-conseil qu’on appelait Radio-Collège. De l’éducation des adultes mais sur un ton de sermon, un ton familier pour l’auditoire québécois. La recette est simple : vous pouvez imposer toute forme de comportement ou de pensée si vous brandissez les conséquences fâcheuses qu’entraînerait toute forme de dissidence. Dans l’histoire de la radio, on a d’abord confié aux prêtres la mission de conseiller l’auditoire. Le père Legault à Radio-Canada suivi du psychologue Théo Chentrier, le père Desmarais à CKAC; ce dominicain a connu un succès considérable avec un chef d’œuvre d’inconscience : L’Amour à l’âge atomique… 

 


À CKVL, le propriétaire était juif, il a osé engager une femme laïque mais avec sa crédibilité d’européenne, Madame X, Reine Charrier, rescapée des camps d’extermination, pour prêcher ses conseils.
Dans la presse écrite, les courriers du cœur, dont celui de Jeannette Bertrand, remplissaient les mêmes fonctions comme Louise Deschâtelets les assume actuellement dans le Journal de Montréal. La messe et son sermon sont devenus médiatiques, imprimés ou électroniques.

En cette fin de saison radiophonique on peut conclure que le festival du conseil est resté fidèle aux ondes de Radio-Canada. Heureusement d’autres types de contenu s’y retrouvent. On diffuse encore des témoignages, des exposés, des nouvelles du monde scientifique et des rumeurs du monde des arts.

Mais la tendance et l’habitude de donner des conseils restent bien vivantes. Pour trop d’émissions, les opinions tiennent lieu d’idée, et le chemin du micro passe par la porte des conseils-à-donner.

Quoi manger, lire, aller voir, penser, comment occuper ses loisirs et dépenser ses sous, protéger sa santé, utiliser les services gouvernementaux… Les propos des chroniqueurs, juste assez impertinents pour tenter de se faire remarquer, tiennent dans un coffre d’outils facile : quoi, où, quand, comment, avec qui, et parfois pourquoi. Un conseil issu des médias gagne en crédibilité. Il en est ainsi de toute connerie, d’ailleurs.

Alors, on conseille à tour de bras, dans les médias. Trop souvent, toutefois, il n’y a plus que deux attitudes devant une réalité de vie : la conseiller ou s’en moquer. Une autre approche risquerait de faire diminuer les cotes d’écoute.

Et tous ces conseils se répandent dans l’agitation d’une animation qui tente d’ordonner le bourdonnement des petites abeilles fébriles du miel d’une notoriété éphémère. Je suis vieux et de l’époque où on se servait du micro pour parler personnellement à l’auditeur. Maintenant, on se parle entre participants à une émission en étant convaincu que les babillages et la confusion des échanges rejoignent mieux l’auditoire que de lui parler directement.

 

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