Un auteur remarquable

Un auteur remarquable

Ben oui. Ce blogue transgresse les habitudes de tout faire court sur Internet. Il ose une longueur, ne vous en déplaise…

Il arrive qu’à force d’écrire on se prenne pour un écrivain. Et puis, on découvre avec envie un André Pronovost et on se sent un moment un peu moins écrivain à force de le lire… Comme Cervantès, Giono, Pagnol, Tolstoy, Tremblay, il sait rendre universels son patelin, son époque, ses modèles et ses coups de cœur et de gueule. Saint-Vincent-de-Paul et son Bord-de-l’Eau, le si long sentier dorsal des Appalaches dont il a fait son pèlerinage vital, la musique rock, Elvis et Kérouac,
Dolorès l’actrice cloîtrée après ses baisers avec Elvis, les Everly Brothers, sont devenus sa monnaie d’échange avec les autres, où qu’ils soient dans leurs ailleurs. Mais ils ne sont pas nombreux au rendez-vous, malheureusement.

«Le roman sur lequel vous bossez comme un diable est toujours, en quelque sorte, celui qu’attend l’humanité. Celui qu’attend votre bien-aimée, fût-elle rendue dans l’Autre Monde. Il faut que vous pensiez ainsi, sans quoi vous n’écririez jamais, tant écrire est insensé, tant signer un roman est, d’une manière fondamentale, une longue lettre un peu gauche à l’amour de vos jours».

André Pronovost

Bienvenue dans ce blogue mais empressez-vous d’aller tout de suite fureter pour d’abord lire les courts résumés de ses cinq livres. On se retrouve après…

Appalaches (résumé)


Elvis et Dolores
(résumé)

Plume de Fauvette (résumé)

Bord-de-l’Eau (résumé)

Kerouac et Presley (téléchargement gratuit)

 

Je sais, peut-être pas le temps de lire les livres… Alors, à la façon du Reader’s Digest, je vous ai préparé une petite salade très goûteuse d’extraits de l’œuvre d’André Pronovost qui mériterait tellement plus de lumière, tapie dans l’ombre d’un injuste anonymat.

L’idée d’aller là-bas en train s’additionnait à mon plaisir. Aujourd’hui disparue, la gare de Saint-Vincent-de-Paul, à l’orée du pénitencier, faisait partie des gares majeures de la ligne nord entre Montréal et Québec, quand j’étais enfant. Le train qui entre en gare est, avec mon père, ma première représentation symbolique de Dieu. Et que dire du rapide ? Il fonçait en menaçant la Terre entière d’un châtiment. Il faisait fuir les rats des champs. Il balayait les conventions. Bref, le train m’émeut. C’est un grand thème, comme le fusil. […]

En spectacle, nous faisons Mystery Train, l’une des meilleures chansons d’Elvis, et Lucille de l’impayable Little Richard. Reprise entre autres par les Beatles, les Everly et Deep Purple, la pièce part d’une ligne de base qui reproduit le tchou tchou des trains. Elvis, dans Mystery Train, imite tantôt le roulis du train et tantôt son sifflement. Un coup de maître. Plus jeune, j’avais adoré Le train du Nord de Félix Leclerc – une histoire surréaliste, un riff de guitare tout au rythme du train, une voix qui s’éloigne du côté des montagnes, entre les astres. On dira ce qu’on voudra, mais les premières chansons de Félix, peu politiques, sont littérairement et musicalement supérieures aux dernières. Un mot sur Freight Train, écrite par Elizabeth Cotten en 1910, quand elle était adolescente. La patience des Noirs de la Caroline du Nord est scellée dans cette pièce – et dans la voix de son auteure. Elizabeth était gauchère. Elle a joué toute sa vie avec une guitare pour droitier, et ce, sans inverser les cordes.

 

On va toujours trop loin, pour ceux qui ne vont nulle part.

 

La forêt est féminine, mais la marche est masculine. Freud et Jung l’ont dit. Je n’ai rien contre ça.

La nuit commençait. J’avais prévu marcher un peu, pendant sûrement une heure ou deux, et faire un feu. Vous n’êtes jamais seul, avec un feu. Vous pouvez l’être avec une femme, mais jamais avec un feu. J’avais ma torche et ma gourde d’eau, mon couteau scout et mes idées.

Aussi craintifs qu’émerveillés, nous nous penchions sur nos moteurs comme au-dessus d’un décolleté.

Je m’imagine prenant la route avec nul autre que Jack Kerouac. Je m’imagine avec Elvis, l’accompagnant sur Jailhouse Rock. De plus, je sais qu’une visite au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap m’émeut et que, sans émotion, il n’y a pas d’ébranlement des murs de votre prison, pas d’ouverture des vannes, pas d’élévation, pas de guérison.

[…]

À la boutique de souvenirs, où j’allai faire un tour, deux dames d’un certain âge discutaient de protection. Je compris qu’elles cherchaient une médaille de la Vierge. Moi-même, j’en ai une. Jack Kerouac en avait une. Bruce Springsteen en a une, je crois. Phil Everly en avait une à l’époque de Bye Bye Love – donnée par une admiratrice. Jamais l’humanité – des bijoux de tout temps aux médailles de l’Église – n’a manqué d’objets puissants de protection et de salut. Si la vue d’un bout de bois vous rappelle la forêt, gardez-le précieusement. S’il existe une chanson qui élève vos pensées, qui vous garde du péché, chantez-la, chantez-la. Vous aurez moins mal aux jambes. C’est un peu ça, la Vierge Marie. C’est un peu ça, le frère André.

« Je ne vais pas à l’église, écrit Robert Frost, mais je regarde par la fenêtre. »

Il faudra, disent Louis Pauwels et Jacques Bergier dans leur Matin des magiciens, attendre que la neurophysiologie progresse pour que naisse et se développe une psychologie des sommets. Jusqu’à ce jour, continuent-ils, nous avons réduit la conscience à un phénomène provenant des zones inférieures : le sexe chez Freud et les réflexes conditionnés chez Pavlov. De sorte que toute la littérature psychologique, ainsi que tout le roman moderne, relève du mot de Chesterton : « Ces gens qui, parlant de la mer, ne parlent que du mal de mer. »

L’écrivain est devenu le faire-valoir et la bonne conscience des organisateurs des salons du livre, si a ables et engagés soient-ils. Trop de stands, trop d’a aires, trop d’œuvres littéraires perdues dans une masse de livres destinées aux enfants, aux bricoleurs, aux épicuriens, aux chercheurs de trésors. À quand un salon du livre littéraire ? Le jour n’est pas loin où les écrivains – les peaux-rouges en tête – claqueront la porte. Ça va juste faire l’affaire des magnats de l’édition, et des gouvernements, pour qui l’œuvre littéraire est une peine au derrière.

Quelques jours plus tard, à Montréal, je participai à l’émission radiophonique Plus on est de fous, plus on lit. On doit au temps des sucres qui battait son plein mon arrivée à Radio-Canada avec du pop-corn à l’érable des Deux-Rivières – un sac pour mon attachée de presse, assise au soleil dans une pose de déesse, dans les marches de l’édi ce, et un autre pour l’animatrice de l’émis- sion, dont je faisais la connaissance et qui était, me con a-t-elle, une admiratrice d’Elvis. C’est une femme très expressive et trop sûre d’elle pour l’être vraiment. Elle eut un sursaut lorsque, à mi-chemin de l’entrevue, je lui dis que je connaissais personnellement mère Dolores. J’eus l’impression de monter en grade.

J’avais accepté d’apporter ma guitare. Pas sûr que, sans ça, ils m’auraient invité. Plus on est de fous, plus on lit est, comme son nom l’indique, et comme chacun sait, une émission littéraire d’un genre particulier. C’est le Tonight Show des lettres. Ce qu’ils veulent, c’est de l’action. Comprendre ça, c’est comprendre l’imposture dans laquelle nous baignons. Au Québec, il faut prétendre que tout est drôle. On a horreur des dépressions.

Il y a dans les rapports entre chanteurs et musiciens quelque chose qui ressemble aux rapports entre les sexes. Assez pour faire une thèse, sinon une bagarre.

 

Je souhaite à André Pronovost et à ses livres de se faire plein d’amis, ce qui les aidera à vivre l’inéluctable solitude.

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