Sédentaires ou nomades?

Sédentaires ou nomades?

J’habite devant la bouée d’entrée et de sortie de la Voie maritime du Saint-Laurent. C’est ici, devant ma fenêtre panoramique, que les navires de toutes couleurs et de toutes entrailles pénètrent l’intimité de l’Amérique ou s’en expulsent, y vont et en reviennent, partent ou restent.

La métaphore parfaite de la destinée de l’individu parmi ses autres.

 

Semer, récolter.

Espérer, puis comblés ou déçus.

Désirer, refuser.

Nomades et sédentaires, selon les espoirs et les craintes.

Ne pas savoir partir, transgresser les habitudes.

 

Inspiré par la lecture de Histoires de mers de Jacques Attali (Fayard), le fossé fondamental entre les humains me saute au regard. Une source de différences, un balisage des éloignements : que l’on porte les lunettes de l’économie, des enjeux politiques, du domaine affectif ou de la recherche de sérénité, on trouve les adeptes du RETOUR qui tiennent à se distinguer de ceux qui recherchent les DÉPARTS. Les SÉDENTAIRES et les NOMADES. On jette l’ancre ou on largue les amarres. Et parfois les deux, en alternance. En louvoyant entre les réussites et les échecs.

« Les sédentaires, sur la terre ferme, ont besoin de routine : ils espèrent le retour des saisons, la venue de la pluie, la régularité des vents. L’expérience leur apprend à se méfier du nouveau, des étrangers, du changement ; à préférer des règles immuables à l’adaptation aux circonstances. Ils aiment tirer parti d’une rente ; ils ne font jamais le choix de l’errance, rappelle Attali. »

Ce sont ceux qui agissent pour ne pas. Pour éviter les imprévus et changements divers déstabilisants.

(Quand les baeaux s’en vont, Pierre Calvé)

De l’autre côté, se retrouvent les navigateurs qui craignent moins les tempêtes de la vie. Comme me disait Jacques Brel en entrevue :« Il y a ceux qui craignent l’autre côté de la montagne et ceux qui vont voir».

Jacques Attali poursuit :

« Les métiers de la mer, comme ceux des nomades, exigent le goût du risque, de l’innovation, de l’audace. […] Ceux qui voyagent en mer acceptent de prendre le risque de se perdre (pour trouver ce qu’ils ne cherchent pas). »

 

Cette division entre ceux qui partent et ceux qui restent ou qui reviennent serait plutôt un enrichissement mutuel des attitudes humaines. La douleur surgit quand les deux désirs se contredisent, s’entredéchirent, au cœur du même individu. S’installe alors la douloureuse inhibition de l’action.

 

Un chancre qui vient gêner aussi les aspirations politiques nationales.

Le beurre et l’argent du beurre.

…Une Catalogne indépendante dans une Espagne forte!

(Larguez les amarres, Gilles Vigneault par Claude Gauthier)

Oser partir, naviguer seul autour du monde, comme Joshua Slocum.

 

 

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