Un héritage toujours actuel

Un héritage toujours actuel

Il fut un temps où on nous incitait à invoquer et à imiter notre saint patron. En ce qui me concerne, Saint Robert Bellarmin (cardinal-prêtre qui inquisitionnait à tour de bras pour faire condamner les éclairs de génie de Galilée) ne m’a jamais inspiré, n’a jamais suscité quelque admiration ou respect de ma part. Un idiot cardinal reste un idiot.

J’ai rencontré d’autres héros qui ont éclairé mon parcours.

 

 

 

 

 

 

 

L’un de ceux-là est Glenn Gould. Décédé en 1982, il reste plus vivant que de nombreux vivants que je connais et dois parfois fréquenter.

Pianiste, musicologue, réalisateur, homme de radio, écrivain et philosophe, il a laissé un héritage de réflexions et d’émotions à nul autre pareil dont les Variations Goldberg restent le fleuron le plus connu. Un des coffrets «classiques» les plus vendus de l’histoire, Les Variations Goldberg  ont été écrites en 1741 à l’intention de Johann Gottlieb Goldberg, claveciniste de l’insomniaque  Comte Keyserling. Trente variations introduites par une Aria, une de ces œuvres à tiroirs dont il semble qu’elles pourraient nous entraîner vers l’infini

Gould a décidé d’arrêter très tôt ses récitals publics par respect pour la musique, disait-il. La salle de concert était pour lui une arène de corrida où le public attend que l’artiste se trompe ou s’effondre en le gratifiant d’une volée d’applaudissements qui enveloppera sa créativité dans une gangue d’admiration. Glenn Gould allait préférer travailler en studio. Son studio. Comme un ermite au service de l’excellence musicale sans l’influence perverse d’admirateurs ou de détracteurs.

Désormais, l’interprète doit donc à proprement parler recomposer la musique, ou alors chercher un autre métier. Il n’y a aucune excuse, aucun intérêt, à simplement refaire ce qui a déjà été fait. La duplication est sans objet. En art visuel, par exemple, Gould soutient que la copie vaut l’original puisque le message ne change pas et que la technique est répétée. Le culte de l’authenticité en peinture relèverait donc du fétichisme. Banalement. Il respecte autant Vermeer que le faussaire Van Meegeren qui copie jusqu’à créer des Vermeer !

Pour lui, la créativité, d’origine ou imitée, est un outil pour mieux communiquer.

La seule raison qu’a le public d’être présent est d’écouter. Il n’est pas là pour réagir ; il n’est pas là pour applaudir.   Glenn Gould

 

 

 

C’est ce livre de Bruno Monsaingeon qui a réveillé mon admiration pour Gould. Et je ne suis pas le seul à vénérer Glenn Gould.

Quand un homme atteint cette hauteur, il illumine le monde… Ses yeux étaient un miroir qui éclairait celui qui s’y regardait. Glenn Gould a donné une dimension supplémentaire à notre existence. Yehudi Menuhin

 

Glenn Gould lors d’une émission de la CBC diffusée le 25 janvier 1962 :

…L’un des phénomènes les plus extraordinaires concernant le musicien le plus extraordinaire de l’histoire réside dans le fait que l’œuvre de cet homme, qui exerce aujourd’hui sur nous un attrait quasi magnétique, et à l’aune de laquelle on peut mesurer l’ensemble de la production musicale des deux derniers siècles, n’a eu absolument aucun effet ni sur les musiciens ni sur le public de son époque.

…Sans doute fut-il méconnu, mais certainement pas parce qu’il était en avance sur son temps, et bien plutôt parce que, selon l’horizon musical de l’époque, il paraissait se situer des générations en arrière.

…À mesure qu’il avançait en âge, Bach ne faisait aucun effort pour se réaligner sur l’esprit de son temps.

…Bach fut en vérité le plus grand non-conformiste de l’histoire de la musique, l’un des exemples suprêmes d’une conscience artistique indépendante qui se démarque du processus historique collectif.

…S’il est un seul homme de musique (comme on parle d’un homme de lettres) dont on puisse dire qu’il est universel, qu’il ait pu être perçu d’une génération à l’autre en étant capable de soutenir tous les jugements, toutes les idées de progrès et d’évolution  du langage au cours des deux cents années qui se sont écoulées depuis sa mort, tout en continuant d’exercer une fascination toujours plus complexe, plus contemporaine et pourtant plus mystérieuse que jamais, c’est bien Jean Sébastien Bach.

…Il est le seul artiste dont l’œuvre a servi de référence aux concepts diamétralement opposés d’artistes et d’esthéticiens de toutes époques.

…Dans la carrière de Bach, les Brandebourgeois se situent approximativement à mi-chemin, et furent rédigés aux alentours de 1721, à une époque où l’œuvre de Bach participait au courant du style du temps.

…Les concertos Brandebourgeois possèdent l’élégance remarquable et la grâce formelle de l’école instrumentale italienne, mais ils possèdent en outre, avec toutes leurs voix qui contribuent à une même pensée centrale, cet extraordinaire sens d’une dimension linéaire qui, à toutes les étapes de la carrière de Bach, fut la marque absolument singulière, la signature indélébile, du plus grand musicien qui ait jamais existé.

Pour les fans dans mon genre :

32 short films about Glenn Gould

Glenn Gould and Leonard Bernstein: Bach’s Keyboard Concerto No 1 in D minor (BWV 1052) 

Glenn Gould talks about J S Bach

Glenn Gould Hereafter FULL DOCUMENTARY

The madness of genius Glenn Gould (2)

J.S.Bach « The Goldberg Variations » [ Glenn Gould ] (1955)

 

Facebooktwittergoogle_pluslinkedinmailFacebooktwittergoogle_pluslinkedinmail

Leave a Reply

WordPress spam bloqué par CleanTalk.