Le son du parler en français

Le son du parler en français

Il y a des démangeaisons qu’il fait bon gratter… Parfois.

C’est une démangeaison de vieux schnock de la langue parlée, un outil que je pratique encore. Chacun son violon ou son marteau-piqueur.

Comme tout le monde, j’écoute régulièrement, quotidiennement en fait, les ramages, babillages, reportages, remplissages, racontages, documentages, des reporters et animateurs de l’informagination.

Ça m’intéresse. Ça m’informe. Ça me divertit. Ça m’inquiète et me rassure. Ça nourrit mes interrogations à défaut d’y répondre.

Ce qui m’énerve (entre autres) dans le chant des paroleurs publics, c’est l’absence de connaissance du solfège de la langue parlée. Ce ne sont pas les mots et leurs sens qui m’écorchent l’oreille, c’est le non-respect des règles musicales de cette langue française parlée.Oui, il existe un solfège du français oral. Toutes les langues ont leur musicalité propre. On peut imiter le son, la musique, de langues inconnues et donner l’impression de causer allemand, américain, espagnol, arabe, italien, ou russe.

Mais, pour que ça sonne français, il faut que la musique parlée respecte les quatre caractéristiques de cette langue française. Autrement, on émet des dissonances qui nuisent aux automatismes de la compréhension de cette langue. On ne retient bien que ce qui est bien dit et dans les conventions linguistiques orales acquises culturellement.

Ces traditions «musicales» de la langue nous sont naturelles mais peuvent être perverties par des maniérismes acquis par la pollution de tics, de modulation de la langue, par des paroleurs qui sont prêts à tous les artifices pour sortir du rang.

Petit traité des caractéristiques de la langue française parlée.

  • L’égalité des syllabes sonores dans le temps (les syllabes, en français, ne sont pas élastiques).

  • L’accent tonique est invariablement sur la dernière syllabe sonore (une source très répandue d’erreurs dans les tics de paroleurs publicitaires).

  • La langue française est une langue à tension croissante; l’intensité sonore part doucement, dans une phrase, pour prendre de la force graduellement jusqu’au point final (les Québécois ont tendance à inverser le processus, rendant parfois difficile la compréhension de leur message ailleurs dans la francophonie). On entend trop souvent des journalistes, pourtant fort compétents, hachurer leur propos en y insérant des points partout, comme autant de points finaux mal placés (quand c’est fini, ça recommence). Exemple : «Le ministre de l’Intérieur nous l’a affirmé. Hier. À l’occasion de la fin. De la session. Parlementaire. Il doit annoncer demain. Les nouvelles mesures. Gouvernementales. Ici Jean-François Bélanger. À Paris».

  • En français l’intention, l’émotion, doivent teinter l’ensemble de la phrase et non se concentrer sur un mot en particulier. Les bons comédiens le savent fort bien. Les autres, non ; ils tombent dans le piège de dire : «J’ai tellement de PEINE d’avoir perdu cet être CHER».

En respectant ces quatre caractéristiques, l’accent québécois ne perd aucune lettre de noblesse et peut être compris et respecté partout dans le monde francophone.

Le maniérisme viral qui se répand dans les médias sous prétexte de faire «personnel» alourdit l’efficacité de la communication. Mais c’est une mode qu’on méprend pour LA façon «IN» de s’exprimer dans les médias. Dans cette tendance, un vieux schnock reste à l’aise à contre-courant.

Le fait d’être un vieux schnock donne parfois l’occasion de partager des connaissances dont on se sent dépositaire alors que la mouvance se targue de les oublier.

 

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2 Responses to “Le son du parler en français”

  1. Malijai dit :

    Hollande, un président français récemment démis, parlait tout faux. On avait l’impression qu’il y avait des virgules et des points mis au hasard dans ces phrases. Heureusement Macron a eu des cours de théatre, c’est plus expressif et plus audible (mais pas forcément meilleur)

  2. Gerard Ponthieu dit :

    Oui, avec des « euh » dans tous les coins…

    Pour ce qui est de la « musique », voir ici, très intéressant :

    http://www.slate.fr/story/156862/salut-han-tu-vas-bien-han

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