Les funérailles de 2017

Les funérailles de 2017

D’où vient l’impulsion de rire pour terminer une année de calendrier?

Pourquoi la culture créole de Louisiane a tant développé le jazz en jouant une musique jubilante lors des enterrements?

Pour contrer le désespoir des terminaisons inexorables?

Sans doute. Chez nous, nos trois joyeuses funérailles annuelles, À  l’année prochaine, Infoman, Le Bye Bye, sont célébrées dans la cathédrale médiatique, sur nos autels cathodiques. Nous n’y participons pas, comme en Louisiane. Nous, on les regarde dans la sécurité de nos continuités domestiques.

Beaumarchais écrivait «Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer». Plus pessimiste, pour Nietzsche: «L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le rire».

Nous enterrons nos actualités désespérantes sous des amoncellements de sarcasmes, de cynisme, de moqueries. Nous devenons, entre les avalanches de publicités, les complices des célébrants chargés de se défouler pour nous. Ils prennent les risques que nous ne nous permettrions pas.

 

La seule audace que nous osons, c’est d’en parler dans les jours qui suivent, au bureau, au café ou dans les médias sociaux. Autour d’un café, nous devenons libres de dire, invulnérables. Toujours plus facile de savoir ce qui est génial ou pourri après qu’avant…

 

À l’année prochaine, issue de la radio, garde ses bonnes habitudes de mettre en saynètes des personnages de l’actualité en les caricaturant intelligemment.

Infoman joue d’une perspicacité bien ratoureuse en demandant aux politiciens de s’occuper eux-mêmes de se moquer de leurs travers. Une formule dont l’innovation s’installe avec bonheur dans nos habitudes d’humour décapant. De toute façon, durant la saison, on apprend souvent plus à l’Infoman que dans les émissions d’information en format outremontais.

Le Bye Bye, lui, année après année, cherche désespérément à revivre son glorieux passé où l’effet de nouveauté inspirait le talent de ses scripteurs à la Gilles Richer. Ses artisans concoctent des caricatures grotesques et désopilantes si bien servies par le génie de certains comédiens particulièrement doués. Mais la caricature devient de plus en plus un festival de maquillages et d’effets spéciaux. Et quand le produit final n’a pas la densité de jadis, on étire la béchamel de l’égo avec une sauce dilution qu’on appelle un making-of.

Vrak TV et Télé-Québec suivent les mêmes sentiers humoristiques.

Mais, j’y pense, où sont passées les grandes émissions de revues de l’actualité de l’année ? À des créneaux horaires où ceux qui ne jouissent pas du football ou du hockey ont besoin de réfléchir, eux, sans doute…

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