Une élection sans bon sens

Une élection sans bon sens

Il faut que la fleur soit belle et sente bon pour qu’elle se reproduise, avec l’aide dévouée d’insectes travailleurs. Sans la fonction reproductrice, pas de séduction. Comme pour nous. Le sens biologique premier de notre pas toujours joyeux passage sur la boule cosmique, c’est de se reproduire. On fait des enfants qui feront des enfants qui en feront encore plus ou moins d’autres.

Ce qui est intéressant c’est de s’ingénier à se faire remarquer par un partenaire. Le processus nous semble générateur de sens. Ma mère me disait : «Le plaisir sexuel est là pour compenser les troubles que nous causent les enfants une fois nés». Il y aurait un sens au désir ?

Alors quand nous rêvons de gloire, d’amour, et de richesses, nous servons notre instinct de reproduction. La gloire pour se faire remarquer, pour sortir du rang, l’amour pour être choisi et s’attacher le ou la partenaire, les richesses pour nourrir et éduquer les reproduits pour qu’à leur tour…

Le terrain idéal pour être fidèle à notre destinée, c’est la politique. On y trouve la nécessaire notoriété, gloire, pour être élu, aimé, et ça peut s’avérer payant pendant et parfois encore plus après.

Les politiques sont rares parmi les politiciens. Les Hadrien, désintéressés, n’emplissent pas les autobus de campagne électorale.

On entre et on reste en politique pour la gloire, l’amour des autres et le confort des salaires et des fonds de pension. Qui plus est, on se fait élire pour être réélu. L’électoralisme se répand comme une métastase dans notre système politique.

Les sondages nous apprennent les idées et projets sociaux à la mode, les tendances qui augmentent nos chances de devenir député, ministre. On choisit sa famille politique en fonction de ses chances d’obtenir un mandat majoritaire. Ce qui justifie les vire-capot.

Voilà pourquoi la campagne québécoise actuelle est en quête de projets, d’idées, de sens. On lance un soi-disant programme électoral comme on lance un leurre en espérant ferrer le poisson. Josée Legault écrivait de façon bien pertinente : «La campagne électorale actuelle est le parfait reflet d’une société en quête de sens»

La politique est devenue un concours de popularité, articulée sur les engouements éphémères autour de leurres socioéconomiques. Les politicailleurs, en quête de séduction et de carrière, bourdonnent autour d’idées de type publicitaires comme des taons et des colibris autour des fleurs électorales. À preuve, les candidats ne débattent pas d’un projet, mais font des annonces quotidiennes. La course à la médiatisation tient lieu de débats féconds sur des enjeux de société. Pas étonnant que la «fatigue électorale» dont parle Denise Bombardier, soit devenue une anémie pernicieuse et peut-être incurable.

Les journalistes, en grande majorité, décrivent maintenant la course au pouvoir comme des «analystes» de sport. Avec le même vocabulaire. Gagner, perdre, en avance, derrière l’adversaire, marquer des points…

«On fera les sandwichs de vos enfants, terminées les attentes dans les salles d’urgence, les services augmenteront et vos taxes diminueront et, si vous ne m’élisez pas, vous serez dans la merde… Comme moi.»

Une «lutte à finir» qui explique que nous soyons, nous, les fleurs électorales gorgées de nectars à candidats au pouvoir, déjà las d’une partie qui, on sait bien, ne finira jamais. Quand ils seront élus, ils voudront nous polliniser de leur éventuelle réélection. Toujours l’obsession de la reproduction. Se reproduire, reproduire son importance, reproduire son avoir, reproduire l’intérêt ou l’admiration que l’on suscite…

Plus ça change…

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One Response to “Une élection sans bon sens”

  1. Gerard Ponthieu dit :

    Tu touches là à l’universel, là-bas comme ici, de tous les côtés de la mare ! Je bourdonne moi-même, dans mes chroniques de l’été, autour de ces questions de pouvoir. Je ne parle pas de sexo-politique à proprement parler (sic), toi non plus d’ailleurs, pourtant il n’est question que de « ça », cette chose qui tourneboule le monde, et ses mâles habitants plus particulièrement – il me semble. Cependant, fait étrange, ces pollinisateurs continuent à vouloir butiner jusque à des âges canoniques, alors qu’ils ne peuvent plus, et surtout qu’ils n’en peuvent plus de ne plus pouvoir ! C’est là que se planque la névrose du pouvoir comme substitut hormonal. D’où je déduis que nous sommes « gouvernés » par la testostérone, avec ou sans.

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