Le bonheur des migrants n’est pas automatique

Le bonheur des migrants n’est pas automatique

« Ça nous fait plaisir que notre Gouvernement s’occupe des migrants pour nous. Nous on n’a pas le temps pis on sait pas comment ».

Vous souvenez de ces deux banlieusardes délurées : DEUX FEMMES EN OR ?

J’ai vu leurs réincarnations avant-hier à TVA. Ces deux sociologues chevronnées, deux banlieusardes héroïnes d’un vox pop sur le stationnement d’un Centre d’achat de la rive nord affirmaient avec certitude qu’elles avaient hâte de voir les 25,000 migrants «arriver chez nous où ils connaitront enfin le bonheur grâce à notre nouveau Gouvernement». Rien que ça.

Mesdames, aux bras chargés des aubaines du jour, laissez-moi vous rappeler que le bonheur n’est pas automatisé en fonction d’une géographie. Encore moins de la consommation que vous affichez comme ce fameux bonheur qui est censé attendre les migrants chez nous.

L’idéogramme chinois qui correspond au mot « bonheur » est constitué d’une image d’harmonie entre ce que l’on ressent, ce que l’on pense, et ce que l’on fait.

Fuir un pays devenu un malheur quotidien ne suffit pas à garantir un bonheur ailleurs. Même à Laval, mesdames. Il n’y a pas que des obstacles politiques, géographiques, économiques pour accéder au bonheur béat qui vous est cher.

Si le bonheur est naturel et dont la poursuite est légitime, il n’est pas automatique. Même lorsque les conditions y sont favorables, le bonheur n’est pas nécessairement au rendez-vous. Il faut que j’aille moi-même le débusquer. Ne serait ce que pour le constater, me confirmer personnellement sa présence.

Il n’y a pas, en effet, de bonheur sans la conscience du bonheur. Difficile de bichonner une fleur dissimulée du regard dans les broussailles et la mauvaise herbe. Il faut reconnaître le bonheur pour ensuite le cultiver. Question de déterminer la destination avant de choisir un chemin pour s’y rendre.

Nous sommes légions à tenter d’atteindre cette destination mais ce pèlerinage se fait seul, pas à pas, comme sur les routes de Compostelle ou le sentier G20 de Corse. Sauf aux étapes destinées au partage.  Pas en hordes mues par les exactions des conflits aussi cruels qu’injustes.

Aristote disait déjà qu’il s’agissait d’une vigoureuse et nécessaire activité de l’âme, que la quête du bonheur.

Nous avons cherché le bonheur à toutes les époques, sous toutes les latitudes, vêtus de peaux de bêtes, nus, en dentelles et en velours, en bures, en chapeaux hauts-de-forme, en casquettes, en bikinis ou en burkas, en haillons ou en haute couture. On cherche le même trésor, mais avec des outils qui semblent parfois fort différents. Et quant on fui sans savoir où aller, on devient des migrants, mesdames. Pas des pèlerins. Mais nous tentons de changer actuellement leur errance en parcours.

Mesdames, j’ai l’impression que vous vous réjouissez , vous vous déculpabilisez peut-être à savoir que notre bon et nouveau gouvernement s’en occupe. Mais encore faut-il se méfier des différences apparentes de toutes ces offres d’outils des ouvriers du bonheur. Surtout des « kits » politiques. Quand on ouvre ces coffres et que l’on examine ces outils, on remarque que leurs fonctionnalités, leur utilité, leur fiabilité et leur pertinence se ressemblent malgré la diversité des formes et du coloris des manches.

Quand l’ailleurs nous appelle au bonheur, quels que soient l’époque ou le climat, le contexte de guerre et ou celui de la pauvreté, on évalue son bien-être, son bonheur, à l’aide d’instruments de mesure semblables. Raymond, William, Cunégonde ou Brigitte, Martina ou Mohamed se demandent tous : « Est-ce que…

  • …je sens que ma vie chemine dans la bonne direction ?
  • …mes besoins fondamentaux (se nourrir, être en sécurité, aimer et être aimé, apprendre et jouer) sont satisfaits ?
  • …je suis fier de moi ?
  • …mon quotidien est agréablement satisfaisant ?
  • …je sais rire même dans l’adversité ?
  • …je sais qui je suis et connais mon rôle parmi les autres ?
  • …qu’il y a une harmonie entre ce que je pense, ce que je ressens, et ce que je fais ?

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Vous avez tenté de répondre à ces questions en prenant votre café au Tim Horton du Centre d’achat ?  En anticipant que les migrants syriens auront à le découvrir enfin, ce fameux café?

Bon magasinage mesdames.

Est-ce que vos amies et votre famille vous ont vu à la télévision ? Ce serait dommage pour eux de vous avoir manquées.

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