Les messagers n’ont que l’importance du message

Les messagers n’ont que l’importance du message

 

Oui je sais… Marshall McLuhan et son « The medium is the message ».

Oui, la solidarité doit être universelle contre les forces des hydres de la bêtise.

Mais les répétitions de la moindre anecdote de faits devenus divers commencent à saturer mes émotions déclenchées par les évènements de Paris. Malheureusement, l’encre et la réthorique ont toujours fait bon ménage avec le sang.

Le moindre journaliste, quelque soit le médium, se sent obligé de nourrir ses interventions au pathos inévitable d’une telle tragédie. Oui, je veux bien : le pluralisme des points de vue. Mais la répétition de l’anecdote ne constitue pas un point de vue. On me dira que ces répétions servent à exorciser l’horreur. Comme une litanie libératrice. Comme du temps où l’institutrice nous faisait copier cent fois «Je serai poli avec mademoiselle Fortier» pour nous inciter à une politesse de contrôle.

Un messager médiatique se donne l’importance du message. Alors il cherche du message d’impact puisqu’il souhaite lui-même faire impact personnel chez les lecteurs, téléspectateurs, auditeurs. J’ai déjà vu un chroniqueur de circulation inventer des bouchons pour occuper plus d’antenne…

Je connais leur source vitale : la visibilité. Leur sécurité d’emploi, leurs promotions, leur drogue de la notoriété exigent qu’ils soient vus, entendus, invités aux émissions de variétés, de cuisine. L’éclairage du jour dessine un cercle lumineux restreint en diamètre et il n’y a donc pas assez de places pour tous ceux qui soufrent de l’ombre. Alors il faut jouer des coudes, et se glisser personnellement dans l’actualité pour exister. Pour être dans la parade et non être condamné à la regarder la maudite parade.

Oui il faut être informé. Il faut savoir puis comprendre. C’est le rôle des messagers de nous aider dans ce processus. Le problème c’est d’avoir l’impression qu’il y a plus d’émetteurs que de récepteurs. Quand on combine les télés, les radios, les journaux et revues, et que dire des médias sociaux, ce n’est plus de l’Information c’est un bombardement. Du bruit et de l’esbroufe qui nous émeuvent, oui, mais qui bloquent une vision plus large en nous enveloppent comme de jeunes midinettes autour d’une vaine vedette.

Une idée qui en vaut d’autres : la prochaine fois que vous nous montrerez en boucle les images atroces des évènements de Paris ou d’ailleurs, épargnez-nous la description verbale de ce que l’on voit fort bien. Remplacez-vous par une sonate pour violoncelle de Bach.

le mannequin de cire du violoncelliste Mstislav Rostropovitch donnant un concert après la chute du mur de Berlin est exposé, le 14 juin 2001 au Musée Grévin à Paris, quelques jours avant sa réouverture après plusieurs mois de travaux. The wax model of cellist Mstislav Rostropovitch playing after the falling of Berlin's wall is seen at the Grevin waxworks 14 June 2001, few days before its reopening after six months of renovations, boasting a new look and 80 additional faces.

 

Vous vous souvenez de Rostropovitch au mur de Berlin?

Un allemand s’en est souvenu en venant jouer Imagine de Lennon

à son piano devant le Bataclan.

Ce fut mon messager préféré.

04 bataclanpiano

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