Moi, la batterie… pas fort là-dessus.

Moi, la batterie… pas fort là-dessus.

C’est le rythme de vie, le battement de cœur dont la régularité rassure. Et oui. Nécessaire.

Il n’y a pas de musique sans rythme. Avec ou sans batterie. Cette musique qui a d’abord été été tribale et percussive.

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La mélodie est apparue plus tard. Je le sais bien. Et le rythme rassemble, oui. Les tambours groupaient la tribu, lui donnaient une cohésion en scandant à l’unisson ses mouvements. Fondant les peurs et les joies au même creuset. Le tambour est répétitif et prévisible donc apaisant malgré le son tonitruant. Quand on sait ce qui vient on perd l’angoisse de l’inconnu. Sans compter que le tintamarre sait étourdir les murmures inquiétants de l’âme…
06paradeEt la mélodie? La place de l’âme. Le corps rythme, soutient, et la mélodie épanche pendant que le groupe soutient l’individu, le protège des malfaisants et des tribus ennemies. Nous cherchons les foules pour mieux nous y cacher, pour se donner des permissions d’agir, pour se défendre ou attaquer la bêtise. Il faut que les lampions soient nombreux pour bien éclairer nos peines et nos solidarités.

La marche est une musique à deux temps. On ne valse pas sur trois temps quand la colère et le désarroi mènent à l’action. Que préfère-t-on souvent ? Les sensations (les thrills que la batterie projette au plexus solaire). Au dépens des émotions. Des manèges de foire aux films d’actions, des effets spéciaux aux sports extrêmes, on veut ressentir des sensations. En groupe. En tribu. En rythmant nos sensations au son de tambours de toutes peaux.

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Les émotions, elles, restent du domaine privé, des chuchotements de l’âme ou des cris étouffés des douleurs secrètes. C’est le royaume secret des mélodies touchantes qu’on ne partage que parcimonieusement. Quand on veut bien les partager. Quand on le peut.

La religion, cette grégarité calmante devant la mort (et qui s’est avérée si mortifère pour l’humanité) est du côté des tambours, des rythmes. Les calendriers liturgiques, les pratiques de prières ne sont que des codifications qui rythment les vies de chacun dans un même battement. À l’unisson et en même temps pour mieux contrôler.

06musulmansSi la religion est un ensemble de rythmes qui calment les inquiétudes, l’art, dans la solitude de la création, inquiète, isole. Une mélodie peut rejoindre les émotions des autres mais elle est surgie d’abord des inconforts personnels. L’émotion nait seule avant de pouvoir être partagée. La religion est à l’art ce que le rythme est à la mélodie.

 

La percussion a toujours été un moteur. On scandait l’effort des rameurs sur les galères au son d’un tambour maitre. La batterie, c’est fait pour battre… Et quand le rameur pouvait enfin poser sa rame et retrouver un court moment la liberté de son enfance, il sortait son flutiau.

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Concerto Pour Flûte Et Harpe en Do Majeur, K. 299_ II. Andantino

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One Response to “Moi, la batterie… pas fort là-dessus.”

  1. gponthieu dit :

    Quelle belle musique… de mots. C’est tout comme. Le rythme y a aussi sa place, sa patte ; il contribue au style.; Des batteurs aussi savent jouer mélodiques. Pas si rares que ça, surtout dans le jazz, évidemment.
    J’aime aussi ce que tu dis sur la rassurance par la répétition, le prévisible, l’attendu. Ça vaut dans tous les domaines : pas de nouveautés, pas d’audace, pas d’aventure. Ce besoin de re-connaître et de rester en pays conquis.

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